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Alain Lacouchie poèmes

1er mai 2008

par Alain Lacouchie

Oradour , mon amour

Je suis d’un pays où l’horizon
est à petites gorgées.
Mais quand Oradour somnole
où serpente la Glane,
lente, dans la langueur de l’été.
Mais quand les tambours lourds, sourds. Tambours et cris,
tambours de mort sur le bourg engourdi.
Mais quand Oradour se tord
de griffes et d’effroi :
ça crie, ça flambe, ça s’écroule, ça déchire
de flammes, femmes en flammes
dans l’église, enfants carbonisés
au cou des femmes, larmes
sèches sur un ciel qui n’a plus d’ailes,
ou noir, noir d’orages, soldats d’orages dans la rage et le sang !
Femmes foudroyées d’un destin
ivre de sang, sourd,
qui terrasse en leur mort violée
ces hommes et ces femmes,
paysans carrés et francs,
naïfs de guerre et de fureur,
paysans à la terre lourde, ‘croquants’
au quotidien d’eau douce …
Mais quand le hasard se décharge hystérique,
quand le hasard les soumet à une meute
éructant dans sa puissance
en délires de vide,
en déserts de mots, vomissant ses instincts,
leurs ombres encombrent leurs souffles
avec des cris de fin du monde.
Mais quand la terre tremble
de ces coups de haine,
de ces coups d’injustice, ils n’entendent que le couteau
fuyant dans les interstices du silence,
sanglant aux cicatrices de Guernica.
Mais quand d’autres tambours crèvent encore d’autres innocences,
ici, ailleurs, à My Lai ou à Sébrénica.
Tel Sisyphe,
le père Ubu roule encore la guerre.

Oradour toujours, Oradour mon amour.

***

Autrui, malgré lui ?

I.

L’Autre, l’ennemi ou l’amour ;
tu es aussi en moi : pigeon ou rat, banal.
Tu es de ma tribu, indispensable.
Tu es cet espace incertain
qui m’enchaîne à ma peur
et pourtant me rassure : l’horizon
est plus qu’une ligne, c’est une chaleur.
J’ai besoin de ta chaleur
tes mains, tes mots, tes châteaux
en Espagne, les horloges, les ruisseaux,
le monde à comprendre.
J’ai besoin de ta douceur ;
et puis, je veux ton intimité :
se reproduire, c’est nier le temps.
Je serai un dieu quand je n’aurai plus d’instinct…

Mais tu es aussi Autre
aux griffes de rat ;
Tu griffes mon souffle pour y respirer :
Je te hais. Tu prends.
Tu prends trop de mon jardin
Tu étouffes ma liberté
quand tu n’es pas divin :
j’ai peur. Je ne suis pas divin.

II.

Au bout de moi, il y a toujours toi.
Il y a encore trop de toi
dans cette absence.
Pigeon vole en rond ;
mon voyage autour de toi
tourne en rond.
Au bout de la terre,
je ne retrouve que moi.
Si j’étais ermite ;
Quand j’étais ermite,
tout froid ou trop seul,
j’avais encore besoin de ta chaleur.

Dans mon miroir, je n’ai pas peur :
je connais chaque bris de verre
sous ma peau ;
à me crier, à me haïr, je me déteste.
Si j’étais plénitude ronde,
vivant, à tenir le ciel et mes rêves.
Je pleure de ne pas être un dieu.

Et tout ce vide en moi qui m’angoisse.
Ce vide, ce n’est pas toi, c’est la mort.

***

Etat de siège.
Reflets de plomb. Sonneries.
Tout va si chaud :
Clowns jaunes et secs
qui s’imaginent être rois ; rats
encore hurlants, toujours à mordre,
jamais lassés.
Et moi.

Croque-mort fixe la nuit ;
je n’ai pas sommeil : j’ai peur
de ne plus naître à chaque matin ;
j’ai peur du silence et de mes fantasmes :
le paradis est un jour sans nuit.
Et s’il était aussi une souffrance ?

C’est l’heure du métal froid et des rats,
en cercle ;
C’est l’heure d’une herbe grise à perte de vue,
où la peinture s’écaille,
où l’immeuble désert expire.
Combien de pierres dans mon cri ?


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