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Alain Lacouchie

29 septembre 2007

par Anne Mounic

Alain Lacouchie, De temps à l’autre, incertain. Saint-Estève : Editinter, 2007.


Ce recueil de cent poèmes, dont certains gnomiques (« L’attente n’est pas une pierre : elle est du sang des autres », 23), tient aussi du surréalisme par le collage d’images surprenantes en leur association (« L’océan tomba dans le crépuscule, / quand les flamants roses frissonnèrent de saxo », 17). Alain Lacouchie bouscule le lexique : « J’insomniaque parmi les nomades » (20), « comme si la mort apeurait » (1). Le rythme est emporté, soutenu par l’usage de mots assez brefs – chaque unité de la séquence se succède comme rafale. Tout cela va très vite ; on ne s’attarde pas sur la sensation : « A bouche potelée de pêche » (6). Pourtant, ce Je qui traverse ces pages se pose la question : « Si je prenais le temps de rêver, comme au bout d’une eau / Lisse, doucement, indifférent de sagesse, / quand tout devient si relatif ? » (26)
Ce recueil est traversé d’une grande anxiété, d’un questionnement haletant sur le monde, sur ce que cela signifie d’être : « Et si je n’avais plus de langage… Sec, qui suis-je ? » (28) La sérénité ne s’envisage que sous le mode hypothétique : « Si j’étais un soupir, quelque part. / Si j’étais d’apaisement. » (13) L’inquiétude porte en partie sur l’écoute : « N’exister que dans cette obsession d’être aimé : / une chimère ? » (8), ou bien, ceci, en peu de mots très évocateurs : « Tu ne m’écoutes pas. / Ma phrase n’a qu’un seul bout : le mien. » (49)
Le poète tente de transcender l’enfermement de la monade : « Poisson rouge tourne en rond dans son bocal ; / je me demande pourquoi il n’y a pas de porte. / Notre solitude est indivisible ; et irrémédiable. » (34) Ses définitions manifestent cet impossible apaisement : « La vie est épuisante, l’enfer aussi. » (2) « La mort est dans la vie comme un noyau. » (81) Une poésie, finalement, à couteaux tirés – non seulement des mots brefs, mais des phrases directes. La peinture y est à l’honneur (Courbet, Chagall, Breughel) et Alain Lacouchie illustre le recueil de ses propres poèmes.
« Il s’avança
comme il avait toujours vécu :
rude. Il est l’heure
d’être contraire, furieux et sec.
Il est l’heure d’être cris ou cru. » (79)


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