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Alain Borne : poèmes

25 avril 2009

par Alain Borne

La musique même était noire

La musique même était noire
c’est la nuit qui par elle criait
si longue et sans étoiles
semblable aux entrailles d’une bête qui nous aurait mangés.

Et le jour serait de la même soie s’il revenait
et maille à maille de la même soie serait la vie.

Maille à maille de la même soie
une seule longue vie noire
avec dans l’air l’aile de la chauve-souris
dont le grand vent de sage espoir
est l’unique fraîcheur pour nos fronts.

Les marionnettes tombent des mains mortes
mortes deux fois
maille à maille de la même soie
la vie des marionnettes passées de main en main,

Mais nous, aucune main ne viendra nous reprendre
quand le poulpe du sang sera pétrifié
qui nous retient debout à l’avant du théâtre.

Maille après maille de la même soie
sable à sable du même gravier
grain par grain du même blé noir
choc par choc du même cœur vide

Quand le dernier laurier aura brûlé ses feuilles
en l’hiver blanc comme l’iris de nos rêves
quel fantôme de bois pourra nous accueillir
sous un soleil enfin sans arrêt ni blessure.

***

Claude Vigée a retrouvé dans ses papiers ce poème, presque inédit, d’Alain Borne. Alain Blanc me signale que ce poème « n’est pas inédit au sens le plus strict, mais peu s’en faut : il n’a en effet été publié qu’une seule fois dans le numéro 79 de la revue La Table Ronde, mais pas dans un recueil... »
Il est à noter qu’Alain Blanc, aux éditions Voix d’encre, fait un effort enthousiaste de publication de l’œuvre de ce poète (1915-1962). Des poèmes inédits, par exemple, ont été recueillis, sous la direction d’Alain Blanc, dans Un brasier de mots, illustrés d’encres de Christiane Vielle, en 2001.


J’en tire quelques vers particulièrement expressifs pour moi :

« Un poème sans poésie : voilà. »

« Ne laissez pas manger votre âme par les grosses dents. »

« Le poème s’approche s’en va et revient
c’est un oiseau dont tu ne tiens qu’une plume. »

« L’oiseau n’avait plus d’autre nid que son vol »

« La vie dans les bêtes comme un feu dans une boîte. »

« La chair traversée d’âme
voici que de nouveau
m’assaille son fantôme et plus exquis. »

« Mourir se construit de vivre »

Voix d’encre
B.P. 83
26202 Montélimar cedex


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