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Alain Borne, par Michèle Duclos

22 avril 2011

par Michèle Duclos

Alain Borne, Treize suivi de Indociles, poèmes. Postface de Philippe Biget. Sagnat : Fondencre, 2008.

Un accident de voiture a mis fin prématurément, à l’âge de 47 ans, à la carrière prometteuse d’Alain Borne, né en 1915, ami dans la résistance d’Aragon et de Pierre Seghers, avec qui il fonde la revue Poésie 40 promise à une longue et brillante carrière en changeant son chiffre au fil des années. Hommage lui a été rendu à mainte reprise après sa disparition, à partir de ses nombreux poèmes laissés inédits et grâce à des reprises de volumes qui déjà lui assuraient l’estime de ses pairs. Le dernier en date, par les éditions Fondencre lancées en 2005 par Philippe Biget, lui-même poète et dramaturge, réédite en un seul livre à la présentation particulièrement soignée et illustré par René Balavoine, deux minces volumes qui illustrent les deux faces, lumineuse et sombre, du poète chez qui l’amour et les femmes étaient une source continue d’inspiration et de création. Amour ardent dans Treize, rappelant avec des images souvent précieuses Breton, Eluard et les madrigaux de la Renaissance :

Que m’importe que dans mon poème ton corps
soit un soleil en forme de femme
si ton corps de glaise et de sang
reste aussi loin que l’astre dont je te pétris.

Que m’importe le poème
s’il n’est que mots sur l‘absence

Désir lié au sexe, à la mort et au dégoût (récurrence des mots fumier, boue, pourriture et surtout ordure) dans Indociles :

Notre repos est tout au bas de la rose
dans le terreau des racines.

La convoitise de la mort
ne guide pas nos mains vers un lieu secret
son sexe n’est pas caché
son sexe la vêt depuis l’os de la tête
jusqu’à l’os du pied
son sexe terrible.

Là est le repos immense
le plus vaste rêve
la plus inconsolable promesse.

Ce mince et beau volume mérite le détour.


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