Temporel.fr

Accueil > à l’orée > Actualités

Actualités

20 avril 2013

par temporel

Publications | Exposition


Claude Vigée, L’homme naît grâce au cri. Paris : Seuil Points, mai 2013.

L’alliance des géodes

pour Nathalie et Sacha

Dans les géodes jumelles
Qui dorment encore
Sous la terre aveugle
Selon un jeu de miroirs muets,
Les cloches de pierres oubliées
Sonnent pour annoncer
L’échange des éclairs d’amour :
Invisibles d’abord cachés en nous.
Mais vient à passer sur les hommes
La herse du temps en gésine,
Alors elle portera au grand jour
Mille fruits de feu solitaires.
Et voici, né de sa jeune nuit,
Le double matin des géodes !
Le défaut cristallin des cœurs
Murmure en fulgurant
Son secret : l’étoile souterraine,
Le lis de mer épanoui dans le ciel noir.
Ainsi mon serviteur Germe
A trouvé son épouse :
Pour eux, la double vie commence.

Claude Vigée, le 8 janvier 2013 (avec le souvenir poignant de l’hiver 1940 à Deauville.)

***


Anne Mounic, L’Esprit du récit ou La chair du devenir : Ethique et création littéraire. Paris : Honoré Champion, février 2013.

L’esprit du récit, modelant le temps, assure la continuité de l’être ainsi que son au-delà au sein du devenir et de la communauté. A travers l’étude d’œuvres diverses, de Shakespeare à Albert Camus, Claude Vigée et Juan Gelman, en passant par Milton, Blake, Melville (Billy Budd), Emily Dickinson, Kafka, Marguerite Audoux, Etty Hillesum, Hélène Berr, ou bien Borchert, sans négliger l’œuvre artistique, à travers les dessins d’Henry Moore, l’auteur de cet ouvrage se propose de mettre en valeur la façon dont la voix singulière, grâce au conte et à ses figures, tisse ses modulations dans la durée et, donnant chair à ses métamorphoses, fait, grâce à l’empathie que suscite l’œuvre, l’apprentissage de la liberté et de l’Ouvert dans la communion du Je et du Tu.

*


L’inerte ou l’exquis ou Le lent pétrissage de la durée : « Arrêt sur image ». Colomiers : Encres Vives, 2013.

Arrêt sur image... Je voudrais prendre au mot le titre de cette collection et, non seulement mêler l’image à mon propos, mais aussi répondre à la généreuse proposition qui m’est faite par Michel Cosem en m’arrêtant afin de faire le point sur le travail accompli ‒ non pas me retourner pour contempler passivement le passé, mais tenter de mettre en évidence ce qui me porte à œuvrer. Je perçois en effet davantage désormais ce qui me paraît composer l’unité des diverses directions prises par ma recherche, poétique, narrative, critique, et picturale. Il s’agit pour moi de creuser, par-delà l’adhérence à l’immédiat, le puits de l’instant de sorte à en manifester la splendeur, ou le tourment, existentiels, afin que ce moment présent, ainsi articulé entre passé et avenir, s’inscrive avec vigueur dans le devenir.

Le poème déborde les mots qui le portent, de tous les côtés. Avant d’être, il puise à la radicalité nocturne du silence, comme pour un nouveau commencement ; s’ébauchant, il vient tout d’abord comme rythme, scellant ce que Paul Valéry nommait « indissociabilité du son et du sens » [1] ; mis « au propre », il transcende sa propre attache à l’immédiat et à l’être individuel pour passer du personnel au singulier. J’entends par « singulier » le lieu de l’échange intersubjectif, le domaine du lien, où la subjectivité se ressource à la radicalité première de la parole adressée à autrui, ce « Tu inné » [2] dont parle Martin Buber.

Je rendrai hommage, en les citant, à ceux et celles qui m’ont lue et l’ont écrit, mais ce ne sera pas là l’essentiel de mon propos. J’esquisserai les grandes lignes de mes préoccupations, en évoquant simultanément les auteurs et les œuvres qui, même si, comme l’a montré Michael Baxandall [3], il n’est pas adéquat de parler d’influence, m’ont guidée sur le chemin. Ce dernier, comme chacun le sait, l’éprouve, ou le devine, a ses hauts et ses bas, ses joies et ses désillusions, mais ce qui demeure et se fortifie, c’est la confiance en cette voix intérieure qui est, tout simplement, le sens de l’existence, sa raison d’être. Je me propose de bâtir la progression de ces quelques pages en évoquant un certain nombre de directions. Chaque poème tisse en effet, au bout du compte, une pensée ‒ non pas philosophique, au sens d’une abstraction idéaliste, mais poétique, c’est-à-dire ancrée dans l’épreuve de la chair, du fourmillement intérieur de la vie, en nous invisible et muette dans un premier temps, puis germant et se révélant par la voix et la parole. Si le poème ne se déduit d’aucun préalable, à chaque fois cependant, puisant dans l’expérience et ses leçons, il complète l’étreinte existentielle en son ambivalence de joie et d’effroi.

Je voudrais, même s’il m’a fallu le temps de la maturation, et une réflexion, ‒ à chaque livre, critique, narratif ou poétique ‒, poussée jusqu’au bout de ce que je pouvais à l’instant, montrer combien finalement cette perspective que j’esquisse maintenant, est simple ‒ simple si l’on accepte de renverser le point de vue de l’objet au sujet, en délaissant la seule distance visuelle et conceptuelle, pour saisir de l’intérieur, en son épreuve, en son étreinte du monde, notre puissance d’être. Alors vient la confiance, sans prévention, sans prétention.

De cette réflexion est sorti un essai, encore inédit pour l’instant : L’inerte ou l’exquis : pensée poétique, pensée du singulier.

*

La caresse du vertige. Paris : Caractères, automne 2012.

Si le poème implique dans sa conception l’être tout entier, l’imagination, qui progresse par bonds et par intuition, ne peut s’opposer à la raison, mais lui offre au contraire son fondement, puisqu’elle est en nous ce qui répond au devenir. Si la raison tente de démêler ce qui est, l’imagination prend à l’égard de l’immédiat la distance que requiert notre bon équilibre au sein de la durée ; elle ouvre de la sorte l’instant présent à son plein sens grâce à la conscience réflexive qui le nimbe de notre énergie puisée dans le devenir. En nous ressourçant ainsi à l’origine en nous, nous donnons à notre être son souffle, et au temps, sa substance. Toute œuvre est manifestation du devenir au singulier et du singulier au sein du devenir. Les deux termes me paraissent indissociables.

C’est ainsi que l’imagination, faculté en nous du devenir, notre possibilité d’étoffer le moment présent de tous les instants de notre existence, notre capacité de substance et de sens, perçant la clôture du monde fini, rend à l’individu la liberté dont une conception étroite de l’esprit le prive. Elle est du temps l’étoffe subjective. Elle transcende l’immédiat et, en son pouvoir d’ubiquité au sein de la durée, élargit pour nous les domaines où nous pouvons pleinement nous fonder comme sujets.
Il ne s’agit pas d’une faculté de l’impossible, du fantasque ou de l’irréel, mais, bien au contraire, de cette aiguë perspicacité de non-coïncidence qui induit notre liberté à l’égard de la réalité. Intuition tout d’abord, sans images ni vocables, l’imagination prend peu à peu, dans l’œuvre, la forme sensible que lui insuffle la voix. Au sein du monde fini règnent en effet nécessité et déterminisme, qui sont les deux ressorts du tragique. Le rythme du poème, lui, est respiration de la voix singulière, qui se forge peu à peu dans l’expérience existentielle et poétique, et, si cet accomplissement se manifeste sous forme d’objet visible (tout comme on a besoin d’un symbole pour se reconnaître à travers le temps et notre cheminement), cet objet, transitionnel, tient du sujet plutôt que de l’inerte ; et les choses de ce monde trouvent en lui, et dans toute œuvre d’art digne de ce nom, leur extase.

Extrait de la Postface.

***

Exposition

Journée de l’Estampe - lundi 10 juin 2013 - Place Saint-Sulpice.

Retrouvez l’Atelier GuyAnne.

Nous serons heureux de vous accueillir.

Notes

[1« ... la valeur d’un poème réside dans l’indissociabilité du son et du sens. » Paul Valéry, « Poésie et pensée abstraite », Variété V (1944). Variété III, IV et V. Paris : Gallimard Folio, 2002, p. 683.

[2« Au commencement est la relation qui est une catégorie de l’être, une disposition d’accueil, un contenant, un moule psychique ; c’est l’a priori de la relation, le Tu inné. » Martin Buber, Je et Tu (1923). Paris : Aubier, 1969, pp. 50-51.

[3« Le terme d’ ‘influence’ est l’un des fléaux de la critique d’art. En premier lieu, c’est un terme pervers, puisque la grammaire décide déjà indûment du sens de la relation (quelqu’un agit, quelqu’un d’autre subit). » Michael Baxandall préfère se tourner du côté de l’avenir, et du sujet, en utilisant des expressions comme « s’inspirer de, faire appel à, user de, s’approprier, avoir recours à », par exemple. Michael Baxandall, Formes de l’intention : Sur l’explication historique des tableaux (1985). Traduction de Catherine Fraixe. Nîmes : Jacqueline Chambon, 1991, pp. 106-107.


temporel nous contacter | sommaire | rédaction | haut de page