Raison et raison encore de rendre grâce : pour les fruits de la terre, pour les fruits de l’arbre, pour la lumière du feu… Charles Reznikoff, ‘Meditations on the Fall and Winter Holidays’. J’ai vécu au premier siècle des guerres mondiales. Muriel Rukeyser, ‘Poem’. Becky et Benny à Far Rockaway Près de l’Atlantique, après le terminus du métro, Le sable tire des langues sur le trottoir, Des armées de Juifs vieillissants s’imbibent de soleil Comme d’autant de Talmud, Blanche, branlante et (...)
Sankt Meinrad poème original de Clemens Brentano Graf Berthold von Sulchen der fromme Mann, Er führt sein Söhnlein an der Hand ; Meinrad, mein Söhnlein von fünf Jahren, Du mußt mit mir gen Reichenau fahren. Hatto, Hatto, nimm hin das Kind, Alle lieben Engelein mit ihm sind ; Die geistlich Zucht mag er wohl lernen, Und mag ein Spiegel der Münche werden. Er ging zur Schul barfuß ohne Schuh, Und legt die geistlich Kunst sich zu ; Die Weisheit kam ihm vor der Zeit, Da ward er zu einem (...)
Lions de l’Atlas Vers Alger La route Une planche La mer Une jatte lisse Les goémons Des grappes de raisin Nous étions libres Et nous venions De vivre Une nuit ensoleillée Le soleil au milieu de l’âme Et la vie entière visible J’aimai toujours À écouter ma mère À demi vaincue Me nourrir Des récits De ses longues luttes Et sur ses genoux Je trouvais mon père Assis à côté de moi Me raconter L’histoire dans ses blessures L’errance des Berbères Le blason de ses ancêtres En Afrique du (...)
Couleurs du jardin Blanc de gris et gris de craie, Sol et ciel, Dans le matin naissant. Sombre bronze et rouille claire Des vaisseaux marronniers, En partance de la nuit. Marron rose et rose poudré Des feuilles amassées Sous la main du vent. Vert amande et gris de vert Des voutes déployées Sous le pas de l’aube. Argent et or Des fruits et feuilles de ginko Sous l’œil de l’oiseau. Jaune de la flamme Des lueurs de la ville, Sous l’aile du temps. Bleu du gris et de l’acier Des (...)
À Liszt À celle qui sera la dernière prostituée en ce monde Rêve d’amour Hier encore le tarif des charmes tournait sur un compteur. Les trottoirs martelaient tous les pas vers le désir, Les pavés ruisselaient d’abandons dans la douleur. Les coups distillaient les larmes féminines dans une étrange rosée nocturne sur les draps. Mais le dernier proxénète est mort cette nuit ! Un flot de tendresse vient de s’abattre sur le monde. Les coins de rue témoignent pour les tournants de la vie Les (...)
Ce monde inventé , et autres poèmes par Mikhail Iasnov Ce monde inventé, dans lequel vit une partie de moi, et pas la plus mauvaise, se maudissant à cause de ses lubies, de ses échecs, de sa passion pour de vains élans, cette boule dans la gorge, boule des absurdes échecs, rire qui n’a pas pris naissance, larmes qui n’ont pas été assez versées, cette lumière mise au monde, mais qui ne vous est pas visible jusqu’à nos jours, ne laisse pas franchir le côté secret et se charge de la régulation du (...)
Litanies Les somptueuses roulottes De mistral blanc Suivent la clameur Aux senteurs vieillottes Fade haleine du Temps. Les gens se jettent sous Les roues de bois verni Que ronge le ver saoul Des vapeurs rafraîchies. Le cocher, brigand des Mers du Sud Ce vague épouvantail aux cheveux de misère Fait monter les jeunes filles, jolies, et un peu prudes. Ses yeux ont déjà fait mille tours de la Terre. Ils regardent tous au loin, insultent les alizés ; Une Croix brûle là-bas et ils (...)
« Si tu savais combien je t’ai aimée », vous a dit votre époux quelque temps avant de mourir. C’est bien qu’il vous l’ait dit, c’est bien qu’il ait pu vous le dire, malgré tout. Notre instant par la parole prend vie de son rehaut, et s’attelle à l’infini. Vous regrettez votre grand-mère maternelle, que vous aimiez tant, quand vous étiez enfant. Eût-elle vécu, elle vous aurait consolée des mauvais moments, du malheur de votre mère avec votre père, qui ne s’était jamais remis du traumatisme de la (...)
Nos éclaboussements de fleurs je danse avec nos fugues nos tremblements tout en tournoiements je dis vrai en rythme tu me répètes vertigineusement me répètes encore encore tu danses dans ta robe coquelicot je fugue une litanie de vers lignes survoltées un violon sur tous les toits il court au galop derrière la mélodie du ciel ses étoiles filent toujours plus vite au plus près dans nos lointains tout rouge en fugue ma gorge pour un cri enroulé à tes seins je danse la fleur (...)
La tulipe* est la fleur du jasmin Au printemps des peuples Á Hafita, toi qui es presque née dans cette lumière [L’homme] est cette force qui finit toujours par balancer les tyrans et les dieux. Il est la force de l’évidence. Albert Camus Les fleurs d’Iran renaîtront de leurs blessures Les tulipes fanées ne refleuriront jamais. Omar Khayyam Le vent dépose des graminées d’impatience Dans la terre de Téhéran Un monde nouveau Gronde pousse et crie Sur un monde ancien (...)
Le vent emporte la lettre de la paume de la main. Le vent cache ce qui reste du soir ; le soir m’a fait ses adieux sur le quai de la gare : une manche s’est frottée contre mes épaules gelées. Langueur enfumée éclaboussée d’angoisse , une odeur de rails m’enivre la cervelle, et moi, insupportable, je ne pourrais me retenir, mais arrête-toi donc, fais une halte au moins pour la vie, mais l’emporta. Les lettres se font plus rares, elles ne sont pas devenues des fêtes, une blanche falaise (...)
un arbre cédé pour presque rien à qui montera ces marches le premier pas une affaire de mendiant une crinière de race ses racines ont traversé la terre tout entière pour voir même le jour la nuit il est calme et vaste jamais vents ne l’accablent on le sait absorbé à nourrir voiles et saxophones mille nids treillés l’animent nulle mousse ne s’y risque que de frelons le gardent on le visite de loin car personne ne peut l’approcher à moins de milliards de mètres d’ailleurs qui l’a déjà vu ? (...)
La pelle Moellons de guingois Entassés pêle-mêle Lamelles de pierre Dormant au soleil Une pelle solitaire Semble à elle seule Porter tout le poids De ce mur précaire. The Spade Rubble askew Higgledy-piggledy Slabs of stone Sleeping in the sun A solitary spade Appears alone To carry all the weight Of this precarious wall of stone. Les moines En cadence les moines Égrènent et scandent En une lente procession Répons et antiennes Litanie hors du temps. Sous (...)
Le Reflet Depuis son départ de Paris, Cécile sentait l’angoisse monter. Rencognée près de la fenêtre du compartiment, elle laissait les yeux errer sur le paysage qui défilait derrière la vitre sans le voir tant elle était occupée par ses pensées. Les autres voyageurs lisaient et rien ne venait la troubler dans ses réflexions. Elle allait rejoindre son fiancé à Genève. Il devait la présenter le soir même à sa famille, des industriels protestants. Bientôt, elle deviendrait un membre de la tribu, chargée (...)
L’Apollonide souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello L’Apollonide – lieu qui étymologiquement guérit toutes les blessures (cela qui n’est pas une propriété du monde, grand pourvoyeur de toutes les blessures) et qui, toujours étymologiquement, par dérive sémantique, fait périr, met un point final (cela qui n’est pas une propriété de la matière mondaine, au sein du cadavre toujours travaillant à l’éternel (...)
France Burghelle Rey | Celia Merlin | Gilles de Obaldia | Shizue Ogawa France Burghelle Rey A l’arrière-plan du tableau - mon passé s’y délite - tu es l’imposteur celui dont l’écorce cache l’aubier Mes lèvres suturées cherchent leurs mots elles ont soif d’une sève Je veux retrouver ton épaule pour gémir et dois comme le corbeau sans demander avis accaparer le jour *** My Crows Celia Merlin My crows take baths in their bowl on our terrace- dunking and splashing, puffing in (...)
"Le plus court des poèmes vient du cœur". Classe de Seconde 5. Lycée Blaise Pascal.