Nous avons choisi pour thème de ce premier numéro de Temporel la lutte avec l’ange en raison de la parution, en juin 2005 chez L’Harmattan, d’une réédition, conforme au premier élan du poète quand il les dactylographia en 1949 aux Etats-Unis, des poèmes de jeunesse (1939-1949) de Claude Vigée, accompagnés d’un fragment de La Lune d’hiver, « Les dernières grandes vacances », où le poète conte, en 1939-40, l’exode. Ce « modèle », qui demeure à travers toute l’œuvre de Claude Vigée, image du destin juif, mais (...)
« De la « lutte insensée » à l’extase poétique : « L’Esprit de Dieu » (1821-22), Nouvelles Méditations poétiques (1823). Alphonse de Lamartine(1790-1869) [...] Fuyant des bords qui l’ont vu naître, De Jéthro l’antique berger Un jour devant lui vit paraître Un mystérieux étranger ; Dans l’ombre, ses larges prunelles Lançaient de pâles étincelles, Ses pas ébranlaient le vallon ; Le courroux gonflait sa poitrine, Et le souffle de sa narine Résonnait comme l’aquilon ! Dans un formidable silence Ils (...)
Alfred de Vigny (1797-1863) : Créature et création. Le combat avec l’ange. Alfred de Vigny fut entouré d’anges dès ses jeunes années [1]. Élevé dans la religion catholique, il avait traduit la Bible en anglais et savait par cœur l’Imitation de Jésus-Christ. Ainsi était-il « plein d’une foi véritable » [2] le jour de sa première communion lorsqu’il s’approcha de la Sainte Table. Mais la vulgarité et l’indifférence du prêtre qui officiait le déçurent : « Je ne vis plus dans la chapelle qu’une salle de (...)
Emily Dickinson (1830-1886), Poème 59 (1859 environ). Lutte avec l’ange, ou le poète bénit le gymnaste. A little East of Jordan, Evangelists record, A Gymnast and an Angel Did wrestle long and hard - Till morning touching mountain - And Jacob, waxing strong, The Angel begged permission To Breakfast - to return - Not so, said cunning Jacob ! "I will not let thee go Except thou bless me"- Stranger ! The which acceded to - Light swung the silver fleeces "Peniel" Hills beyond, And (...)
La lutte avec l’ange, « façon de prier » : André Gide (1869-1951), Les Faux-Monnayeurs (1925). De son éducation protestante, André Gide possède une solide connaissance de la Bible et un certain attachement au texte, même si son utilisation dogmatique, sous forme de préceptes, comme chez les Vedel-Azaïs, l’indispose. « Odeur puritaine très spéciale », remarque Edouard dans son journal [1] . Toutefois, comme le conclut Pierre Masson dans son article de Littératures contemporaines, « La lutte avec l’ange. (...)
La lutte avec l’ange, réaffirmation de l’humain face à la catastrophe, extase existentielle : Thomas Mann (1875-1955), Histoires de Jacob (1933). Cet ouvrage, le premier d’un ensemble consacré à Joseph et ses frères, fut suivi de trois autres volumes : Le jeune Joseph (1934), Joseph en Égypte (1936) et Joseph le Nourricier (1943). Il s’agit d’un tétralogie, qui doit à Wagner son principe (Hans Mayer parle du « souvenir de la construction thématique grandiose » [1] du musicien allemand) et, écrite (...)
Robert Graves (1895-1985) : Lutte avec l’histoire, ou comment le poète revient d’entre les morts. Le littoral de Deià Robert Graves, poète et auteur, entre autres, de La Déesse blanche (1948), des Mythes grecs (1957) et des Mythes hébreux (1963), en collaboration avec Raphael Patai, se réfère à la lutte avec l’ange dans La Déesse blanche (chapitre 18) et dans les Mythes hébreux (47. Jacob à Péniel). Ce poète, érudit en matière de mythes, qui a composé, durant la seconde guerre mondiale, The (...)
L’apocalypse de l’homme et des idées, l’Ange de la mort et l’inhumain : André Malraux (1901-1976) : Les Noyers de l’Altenburg (1943). Le dernier roman d’André Malraux, paru sous le titre de La lutte avec l’ange à Lausanne en 1943, devait faire partie d’une « quadrilogie », qui ne parut jamais. Par contre, un passage, central, de l’ouvrage, celui de l’emploi des gaz de combat sur le front russe en 1916, paraît dans Lazare en 1974, repris à la fin des Antimémoires (Tome 2, La corde et les souris, 1976). (...)
[1] Dans son premier roman, Volonté d’impuissance [2], Michel Fardoulis-Lagrange fait allusion au tableau de Delacroix en l’église Saint-Sulpice. Il y allait d’ailleurs souvent, comme le disait son épouse Francine. Avant d’étudier ce passage, nous laissonsLaure Fardoulis évoquer en quelques lignes le souvenir de son père. Marc Pierret, écrivain et un des amis de Michel, nous raconte finalement leurs parties d’échecs, durant lesquelles il n’était pas question d’Empédocle ! Qu’en aurait pensé Héraclite (...)
[1] Tout venait semblait-il du silence du ciel, et de l’absence irrémédiable de toute présence divine. Du plus lointain souvenir venant de mon enfance, il y avait derrière toute chose un vide abyssal. Palpable. Mon père ne donnait jamais aucune solution autre que poétique au sens de la vie. Sa silhouette - il était souvent assis sur la terrasse de notre maison en Provence - se détachait du ciel d’été, immuable, alors que le muret semblait cacher une chute soudaine vers la mer. Mais la mer était (...)
Michel Fardoulis-Lagrange (1910-1994) : Du rythme comme au-delà du tragique. La lutte avec l’ange dans Volonté d’impuissance (1944). [1] Cet ouvrage est le premier « roman » de Michel Fardoulis-Lagrange, écrivain d’origine grecque, né au Caire, qui vint à Paris en 1929, s’inscrivit au P.C.F. avant d’en être exclu en 1936 et adopta, lors de la parution de son premier livre, Sébastien, l’enfant et l’orange, accolé à son nom, son pseudonyme du Parti, Lagrange, comme pour affirmer sa nouvelle identité (...)
Ces parties de boules extra-métaphysiques sur la terrasse de La Malatière, évoquées ici même par Laure avec l’inimitable tournure de son génie filial, me font souvenir des apparitions hebdomadaires de Michel sur le seuil de ma porte, à Paris.
Pierre Emmanuel (1916-1984) et la lutte avec l’Ange La lutte avec l’Ange devient un motif central de l’œuvre de Pierre Emmanuel à la fin des années soixante et Jacob s’inscrit alors comme la figure emblématique d’une œuvre qui jusque- là s’était articulée autour du motif de la descente aux enfers et du personnage d’Orphée. Jacob paraît en 1970 et, trente ans après Tombeau d’Orphée, redistribue les rôles, disposant autrement les protagonistes sur la scène du drame où se joue le poème comme la vie du poète. La (...)
Claude Vigée : La lutte avec l’ange, ou le rythme de l’intersubjectivité face au néant. En son recueil de poèmes de jeunesse (1939-1949), La lutte avec l’ange : Un chant de sombre joie dans l’agonie du temps, l’oxymore marquant l’ambivalence du combat (agôn, dans « agonie »), Claude Vigée voit dans cet affrontement l’essence du poème. Il écrivait, en 1942, en partance pour l’exil : « Jacob, homme-temps, se fait origine du messie innombrable que réalisera, à travers l’histoire, sa descendance. Le (...)
Autour de La lutte avec l’ange (1950), Gaston Bachelard et Claude Vigée Gaston Bachelard, saisi à la lecture des poèmes de La lutte avec l’ange a consacré à Claude Vigée quelques pages de ses Fragments d’une Poétique du feu, sur le « Phénix, phénomène du langage » : « Le plus souvent, les Phénix de l’imagination poétique brûlent en plein vol, éclatent en plein ciel comme un explosif de lumière. Tel encore ce Phénix implicite de Claude Vigée dans un poème de La lutte avec l’ ange : « L’oiseau qui m’a vendu (...)
Comme toutes les interprétations bibliques, la lutte avec l’ange offre la possibilité de se livrer au jeu des comparaisons. Elle permet aussi de s’immiscer dans la réflexion créatrice. Face au texte, que va-t-on privilégier ? C’est bien sûr l’époque puis la sensibilité qui dicteront les choix picturaux, mais au-delà des siècles les artistes peuvent aussi converser. En effet, les grands moments de la Genèse imposent une lecture qui doit être suffisamment elliptique pour ne pas tomber dans l’illustration de (...)
L’autre versant de l’interprétation privilégie l’analyse intimiste. On trouve déjà cette représentation dans une enluminure du XIII eme siècle. [1] La compassion remplace la violence. C’est l’approche de Rembrandt : la tête de Jacob repose dans le creux du bras de l’ange. Aux poings serrés répondent les embrassades. [2]
Quand Annie Vallotton dessine sa lutte, c’est à la valse que l’on songe. La dynamique du combat se métamorphose en une danse quasi conventionnelle. Main dans la main, l’ange et Jacob s’enroulent en une spirale qu’accentue le jeu des vêtements. [1] Chez Maurice Denis, la première impression de résistance laisse place à une attitude de ronde enfantine. C’est alors le domaine du rythme, du tourbillon et de la folle diagonale. (...)
L’univers matériel halluciné de Jean Revol Jean Revol, en me dédicaçant l’exemplaire n° 78 de sa magnifique lithographie La Lutte avec l’ange (1997), évoque « l’éternel face à face » de l’artiste écartelé au plus profond de lui-même ; là se perpétue le combat du même charnel avec l’autre angélique ou démonique qui lui est intérieur ; là renaît chaque nuit la rixe amoureuse entre l’homme créé et son double divin, entre « le poids et la grâce infinis » [1] . Les torses virils puissants et les bras musclés enlacés (...)
Jean Revol en sa lutte avec l’ange : notre visite de son atelier J’ai connu l’œuvre de Jean Revol en admirant, chez Évy et Claude Vigée, au-dessus de la cheminée, la lithographie de La lutte avec l’ange, dont la reproduction orne désormais la couverture du recueil de poèmes de jeunesse de ce dernier. Vint ensuite, l’été passé (2005), l’exposition à la mairie du sixième arrondissement, place Saint-Sulpice, juste en face de l’église où se trouve le fameux tableau de Delacroix, que nous sommes allés (...)